Le dernier bilan officiel encore provisoire du séisme d'Al-Hoceima dans le nord-est du Maroc fait toujours état de 571 morts et 405 blessés, Ce nouveau bilan a été annoncé par le ministre marocain de l'Intérieur, Mostapha Sahel, lors d'une conférence de presse à Al Hoceïma. Le bilan diffusé la veille avait fait état de 564 morts. Le nombre des blessés recensés a fortement augmenté, passant de 300 mardi à 405 dans ce nouveau bilan provisoire.
Le séisme de mardi a pratiquement détruit une demi-douzaine de villages autour de la ville côtière parmi les plus reculés de cette région du Rif (nord-est), à plus de 1.000 mètres d'altitude. AP
Toujours d'après Mostapha Sahel, l'Etat marocain prendra à sa charge la reconstruction des maisons et immeubles détruits. Les habitations qui n'ont été que "lézardées ou fissurées" bénéficieront de leur côté d'une expertise gratuite en vue de leur réhabilitation, a ajouté le ministre lors d'une conférence de presse donnée à Al Hoceïma où il était venu s'enquérir de l'avancement des secours.
M. Sahel a annoncé par ailleurs l'arrivée prochaine de quelque 350 assistantes sociales qui apporteront "réconfort et soutien psychologique" aux milliers de sinistrés. Le ministre s'est félicité de "l'élan de solidarité" qui s'est manifesté envers le Maroc à l'occasion de ces événements tragiques, citant de nombreux pays fournisseurs d'aide parmi lesquels la France, l'Espagne, l'Algérie et les Etats-Unis.
Mobilisation internationale
Les Etats-Unis ont décidé d'envoyer une aide d'urgence sous forme de produits et d'équipements de première nécessité au Maroc. Cette aide comprend notamment 10.000 couvertures, ainsi que des tentes, des pompes à eau et d'autres équipements, a indiqué le ministère des Affaires étrangères américain dans un communiqué. Elle s'ajoute à une contribution de 50.000 dollars versée mardi au Croissant Rouge marocain par l'ambassade américaine à Rabat. Une équipe de l'agence américaine d'aide au développement (USAID) est actuellement sur place pour déterminer qu'elle aide supplémentaire les Etats-Unis pourraient fournir.
La communauté internationale s'est mobilisée pour venir en aide aux victimes du séisme qui a ravagé de nombreux villages proches d'Al Hoceïma, une ville portuaire blottie dans les contreforts de la chaîne du Rif, sur la côte méditerranéenne du Maroc. De nombreuses équipes de secouristes, arrivés avec vivres, médicaments et équipements de survie en provenance notamment d'Espagne, d'Algérie et de France, étaient à pied d'oeuvre mercredi aux côtés des sauveteurs marocains qui ont convergé de toutes les régions du royaume.
Plusieurs autres pays européens ont proposé leur aide ainsi que les Nations unies et la Croix-Rouge internationale. Un premier avion transportant des secouristes, des médicaments et des couvertures devait quitter Madrid mardi soir
Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a proposé mardi l'aide de l'ONU. "Les
Nations unies sont prêtes à porter assistance, y compris en déployant une équipe
de coordination et d'évaluation du désastre, pour aider le gouvernement à gérer
l'aide internationale pour répondre à la situation d'urgence", a dit le
porte-parole de M. Annan Fred Eckhard dans un communiqué.
La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge a indiqué mardi qu'une équipe de la Croix-Rouge se tenait prête
à se rendre au Maroc afin de coordonner les secours nécessaires aux victimes du
séisme qui a frappé le pays en début de journée. "Une équipe de coordination et
d'évaluation de la Fédération est prête à partir aujourd'hui afin de soutenir
l'opération du Croissant-Rouge (marocain)", qui a déjà dépêché 200 secouristes
sur place, a indiqué la Fédération internationale dans un communiqué.
La Fédération a ajouté qu'elle avait débloqué 75.000 francs suisses (48.000
euros) de son fonds de secours d'urgence au profit des victimes du séisme. Selon
le communiqué, le Croissant-Rouge a envoyé sur place 1.500 couvertures, 100
tentes, 150 matelas, 200 jerrycans et des bâches en plastique. Une équipe
médicale, composée de quatre médecins et de 20 infirmières, a également été
dépêchée sur les lieux du séisme.
le village ait kamra sous les ruines
AIT KAMRA (AFP) - La nuit venue, les habitants d'Aït Kamra, une bourgade rurale particulièrement éprouvée par le séisme qui a secoué le nord-est du Maroc mardi, ne parviennent plus à trouver le sommeil, habités par une peur alimentée par les nombreuses répliques.
"Cela fait deux jours que personne n'a fermé l'oeil ici. Le soir, les gens se mettent à parler de ça et ça les empêche de dormir", explique Jaafar El-Ghoul Bzouri, 17 ans, sur une place du hameau, entourée de ruines.
Abdelhakim Oucham, un paysan de 28 ans, confesse sa peur sans fausse pudeur: "Ca a encore tremblé trois ou quatre fois aujourd'hui, la dernière fois à 21H30". "C'est arrivé la nuit, quand les gens dormaient, ça s'est accompagné de coupures d'électricité. Il y a eu un choc violent, avec des pertes subites de proches, et un spectacle atroce. Tous les éléments pour un pronostic psychiatrique réservé sont réunis", selon Sayed Talhaoui, responsable du service psychiatrie de l'hôpital d'al-Hoceima.
"Tous veulent des tentes. Même ceux qui ont des maisons ne vont plus chez eux", explique Saïd Koubia. Ceux qui ont eu la chance de voir leur habitation en pisé tenir le choc n'y rentrent plus que pour leur toilette ou changer de vêtements. Dans ce contexte, les quelques dizaines de tentes mises à disposition par les autorités à Aït-Kamra, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d'al-Hoceima, semblent bien insuffisantes.
Sous couvert de l'anonymat, un responsable communal estime qu'il en manque 2.000 pour l'ensemble du territoire d'Aït Kamra. Ailleurs, dans le quartier Thanaoui d'Imzouren, dévasté, et devant un bâtiment communal d'Ajdir, des distributions ont failli virer à l'échauffourée. Ceux qui n'ont pas de tente trouvent refuge dans leur voiture, s'enveloppent dans des couvertures sur leur pas de porte ou restent en groupe pour parler, malgré le froid qui sévit la nuit sur le massif du Rif. "Les gens ne cessent de chercher la manière de sortir de cette situation. Mais il n'y a pas de solution", estime Saïd Koubia.
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"Chacun ici, a au moins un membre de sa famille, homme ou femme qui est mort", explique El-Ghoul Bzouri. "Moi c'est ma mère", lance un autre, donnant le signal d'une macabre énumération. Pour Abdelhakim Oucham, c'est son frère, son père et l'épouse de ce dernier. "C'est incroyable", répète-t-il sans cesse. "Je n'ai plus de maison, je n'ai plus de pain, je n'ai plus rien. Qu'est-ce que je peux faire?", demande encore Abdelhakim Oucham. "Si on n'offre pas un toit aux sinistrés, alors nous ne servirons pas à grand chose", conclut le psychiatre Sayed Talhaoui.